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Pourquoi j'ai plaqué mon job de consultante pour faire des petits pots pour bébé ?

On vous raconte tout ce qu'il y a derrière l'histoire des Petits Toupins. Sans détour ou langue de bois, parce que être une "mumtrepreneur" n'a rien d'évident ou de facile (surtout en temps de Covid).


Non, je n'ai jamais travaillé dans le secteur agro-alimentaire. Non, je ne suis pas diététicienne ou nutritionniste. Je n'ai même pas un CAP de cuisine ou de pâtisserie. Et non, si on m'avait dit un jour que je quitterai mon emploi (bien payé) pour me lancer dans une aventure entrepreneuriale autour de l'alimentation infantile, je n'y aurai jamais cru. Pourquoi s'infliger ça ? Surtout avec un jeune enfant à la maison.


Aussi loin que je me souvienne l'alimentation a toujours été un sujet de préoccupation dans ma vie. Peut-être est-ce en raison de mes origines américaines. Si le gigantisme des portions et la liberté totale de pouvoir manger ce qu'on veut quand on veut me plaisait beaucoup (surtout à l'adolescence), j'ai mesuré très tôt les différences flagrantes qui existaient avec le vieux continent. A commencer par l'omniprésence de personnes (y compris d'enfants) en surpoids ou obèses dans les rues. L'absence totale de goût des fruits et légumes. La faible offre de fromages dans les rayons. Du sucre partout et en quantité astronomique. L'impossibilité physique d'accéder à des aliments frais dans certaines zones géographiques (essayez de trouver une pomme ou une carotte dans West Philly ou à Tahoe City et vous comprendrez). L'inexistence de certains commerces de bouches (boulangers, bouchers, poissonniers, primeurs,...).


Lorsqu'on me demande pourquoi j'ai choisi de vivre en France plutôt qu'aux Etats-Unis, je réponds par boutade que je suis une réfugiée alimentaire. Parce que nous avons une chance inouïe en France d'avoir encore des marchés dans nos villes, des artisans indépendants comme des boulangers, bouchers, fromagers, chocolatiers. Parce que les produits frais que nous trouvons sont de bonne qualité, même ceux du supermarché. Parce que, par la géographie de notre territoire et les cultures présentes, nous avons une diversité extraordinaire d'ingrédients, recettes et traditions culinaires. Oui, on peut encore bien manger en France. C'est beaucoup plus difficile outre-Atlantique.


Bref, vous l'aurez compris, j'aime manger. J'aime faire mon marché et cuisiner. Essayer des recettes nouvelles. Réunir du monde autour d'un bon plat ou d'une copieuse assiette. A la maison, c'est quasi exclusivement du fait-maison, du frais et des produits de saison. Et ce depuis de nombreuses années.


Comme tous les parents, je ne connaissais strictement rien à la diversification alimentaire jusqu'au jour où il a été question d'introduire des aliments solides autre que le lait dans l'alimentation de mon fils. Une première pédiatre m'a recommandé d'acheter des petits pots au supermarché pour commencer. Des légumes bien évidemment pour ne pas lui donner "le goût du sucre". Recommandation identique de ma mère, mettant en avant le côté pratique de la solution. J'ai acheté un premier échantillon de petits pots et après voir regardé leur composition, fait quelques recherches de recettes en ligne et surtout goûté, nous avons décidé avec le Papa que l'alimentation de notre fils ne serait pas différente de la nôtre et qu'il ne mangerait en aucune façon des aliments dégradés. Cela voulait dire qu'on s'embarquait dans des petits pots fait-maison pour lui.


Ca a été une vraie galère. J'avais repris mon poste de manager dans un cabinet de conseil. Tous les dimanches matins, c'était cap sur un marché couvert où nous avions nos habitudes et un maraîcher qui proposait du frais, local et de saison. Retour à la maison et atelier épluchage puis "compotage" ou "puréeage" de nos fruits et légumes. Ensuite emballage ou congélation en fonction des besoins de la semaine. Ca nous prenait une journée complète. Avec aussi des loupés mémorables (purée de carottes oubliée et complètement carbonisée, purée de pommes de terre pas assez cuite et j'en passe), beaucoup de stress et des casse-têtes logistiques sans fin. Bien sûr, nous avions toujours en réserve (en cas de gros pépins insurmontables) quelques petits pots industriels. Mais globalement notre fils en a très peu mangé.

Père et fils au travail - les fameux ateliers compotes du dimanche


Chaque dimanche en cuisine, nous nous sommes posés la question avec le Papa si nous voulions continuer comme ça. Si après tout, on ne se cassait pas la tête pour rien. Si cela en valait la peine. J'ai eu des gros moments de doute. Des envies de liberté et de temps-libre. Et puis je me souvenais de ce qui motivait ma démarche : l'éducation au goût. Je voulais que mon fils prenne plaisir à manger et lui offrir ce qu'il y avait de plus savoureux et bon. Qu'il découvre le vrai goût des aliments. Qu'il visualise, sente, touche le contenu de son assiette. Qu'il voit ses parents en cuisine. Qu'il sache plus tard qu'une compote de pommes sortant d'une gourde n'a rien de normal ou naturel et que préparer un repas pour sa famille ne se limite pas à jeter une barquette plastique dans un micro-onde. Qu'il hérite d'un patrimoine culinaire et de souvenirs gustatives.


De fil en aiguille, j'ai commencé à m'intéresser à l'alimentation infantile. Comment mangent les jeunes enfants français ? Que mangent-ils ? Est-ce différent dans les autres pays ? Comment font les parents ? Est-ce grave si je me convertis aux assiettes Blédina pour gagner en temps libre ?


Et j'ai découvert un sujet d'étude fascinant. Mais aussi alarmant.


Pour faire court (il y a de quoi lire sur ce blog en la matière tant le sujet nous passionne chez les Petits Toupins), l'alimentation et les habitudes alimentaires pendant la grossesse et les premières années de vie sont capitales pour le développement physique, psychologique, social et affectif d'un enfant. C'est à cet âge que s'acquiert une grande partie des habitudes et comportements qui vont suivre l'enfant dans sa vie adulte en matière d'alimentation. Le contenu de l'assiette est certes important mais il ne faut pas négliger le contexte et l'environnement de prise des repas.


Un enfant dont l'alimentation est déficiente ou déséquilibrée aura une plus grande probabilité d'être en surpoids ou obèse dans sa vie adulte, de souffrir de diabète, maladies cardiaques ou chroniques et de développer certains cancers. L'obésité infantile est actuellement un sujet de santé publique majeur non seulement en France mais dans le monde entier en raison de sa vitesse de propagation (on utilise même le terme d'épidémie). Selon les estimations de la Ligue contre l'Obésité, 34% des enfants âgés de 2 à 7 ans souffriraient de surpoids ou d'obésité en France actuellement (1 adulte sur 2 pour rappel). Ces chiffres ne cessent de progresser sans que l'on puisse comprendre avec exactitude les causes. Parmi les pistes privilégiées, la place qu'occupe les aliments ultra-transformés ("AUT") dans nos assiettes (mais également l'excès de calories, la sédentarité de nos mode de vie et le manque d'activités physiques, ainsi qu'une part de génétique).



Un rayon lambda d'alimentation infantile dans une grande enseigne


Le point de départ de l'aventure des Petits Toupins, c'est justement les AUT. Pour faire simple (et parce que je ne suis pas non plus ingénieur agroalimentaire), un AUT est un aliment qui a subi un certain nombre de procédés technologiques qui l'ont éloigné de sa matrice originelle. Ces procédés industriels permettent d'imiter, d'exacerber ou de restaurer l'aspect, la texture, le goût ou la couleur d'un aliment. On reconnait généralement un AUT à son étiquette : la liste d'ingrédients est longue (parfois même très longue), y figure des ingrédients inconnus aux communs des mortels et qu'on ne peut pas acheter dans le commerce (du type "dextrine", "protéines de lait", "tartrates de potassium",...) ainsi que des additifs (exhausteurs de goûts, colorants, émulsifiants, épaississants, ...).


Les AUT se retrouvent très tôt dans l'assiette ou plutôt le biberon d'un bébé. Les laits infantiles sont des AUT (mais il est difficile pour de nombreux parents de s'en passer donc nous n'en parlerons pas). Les brassés, certaines purées et compotes (minoritaires heureusement), les bâtonnets, céréales, biscuits, assiettes pour bébés sont des AUT. Oui, même les aliments dont le packaging sent bon la nature, la ferme, le vert et le bio (je pense aux produits des marques Good Goût, Baby Bio et Nestlé). A partir de la base de données d'Open Food Facts et avec peu d'analyse excel (vraiment basique), je suis arrivée à des données inquiétantes (qui méritent vraiment une étude approfondie) :

- Sur 1562 produits référencés destinés aux tout-petits, 34% ont un NOVA score 4 (c'est-à-dire qu'ils sont ultra-transformés).

- Si l'on retire les laits infantiles (et laits de croissance, laits de suite), les proportions ne changent pas vraiment : 30% sortent en NOVA score 4.

- A noter que le NOVA score n'est pas renseigné pour environ 20% des produits (parmi lesquelles on retrouve des purées, des gourdes, des assiettes à réchauffer,...bref beaucoup de produits très différents les uns des autres).


Exemples de produits que l'on trouve en rayon dont le NOVA score est de 4.



Donc pour résumé, un parent qui n'aurait pas le temps, la possibilité ou tout simplement l'envie de cuisiner pour son jeune enfant peut difficilement lui fournir autre chose à manger que des AUT (puisque 1/3 du rayon bébé en est composé). S'il va un peu vite dans les rayons, s'il n'a pas le temps de lire les étiquettes, s'il décide de se fier au packaging devant lui, il est certain qu'il glissera dans son panier des AUT. Tant que cela reste occasionnel, pourquoi pas, il n'y a aucun mal. L'ennui c'est qu'en l'absence d'alternatives crédibles, ce type d'alimentation est devenu la norme en matière d'alimentation infantile dans nos sociétés modernes. Peu de personne la questionne ou la remette en cause.


C'est justement pour cette raison que j'ai crée les Petits Toupins. Je suis convaincue qu'il faut changer radicalement la manière dont on aborde les premières années d'alimentation d'un tout petit et les discours portés à l'attention des parents. Il faut recentrer l'alimentation infantile sur des principes simples. Chaque enfant a le droit à une bonne et saine alimentation. Une alimentation où on remet les notions de goût, plaisir et culture au centre. Une alimentation variée et qui évolue au fil des saisons et en fonction de la disponibilité des ressources localement. Une alimentation soutenant le développement physique, psychologique et comportemental d'un tout petit. Une alimentation dont les méthodes de production, conservation et distribution ne nuisent pas, outre mesure, à l'environnement.


Après avoir longuement réfléchi, m'être informé et discuté avec des mamans venant d'horizons très différents, j'ai décidé de sauter le pas et de créer l'entreprise vers qui j'aurais aimé pouvoir me tourner quand c'était compliqué en cuisine. Une entreprise dont l'ambition est d'aider les parents (bon surtout les mamans) à mieux nourrir leurs enfants. Une entreprise qui soutient et encourage au maximum les familles à se mettre derrière les fourneaux, à cuisiner et à faire découvrir à leurs enfants leurs traditions culinaires. Une entreprise d'alimentation infantile un peu différente de celles que l'on trouve aujourd'hui. Une entreprise du 21ème siècle.


Le 1er confinement étant passé par là avec son lot de remise en question et d'interrogations, j'ai démissionné de mon poste dans un cabinet de conseil pour me consacrer à plein temps à ce projet. Et j'ai tout fait à l'envers.


J'ai commencé à me mettre derrière un ordinateur, avec une feuille de papier et à écrire un "BP" (Business Plan). Souvenir de mes cours du Master Finance & Stratégie à Sciences Po. Quand vous voulez monter une entreprise, quand vous entamez les démarches administratives et bancaires pour votre société, quand vous vous renseignez sur Internet, tout le monde vous explique que la première étape, la base, c'est le BP. Que le BP c'est important. Que sans BP, ça ne sert à rien de continuer. Qu'il faut en faire un tout de suite. Et qu'il faut le faire relire à des tiers. J'ai donc passé des mois à essayer de rédiger un BP... mais rien ne sortez.


Par contre j'ai eu l'occasion de me renseigner sur le prix de toutes sortes de machines, d'instruments de cuisine, des locaux et cuisines à louer, des ingrédients. .. J'ai eu le temps de faire une veille à la limite de l'espionnage industriel sur tous les acteurs de l'alimentation infantile en France et dans les pays occidentaux. Je suis devenue incollable sur la règlementation du secteur. J'ai eu le temps de lire des recettes de cuisine pour bébés. De réfléchir à des parcours d'achats digitaux, à la tête de mon site Internet, à mon logo. De regarder des vidéos Youtube et de surfer sur les réseaux sociaux. Mais toujours pas de BP.


En parallèle de mes non-avancées sur mon BP, j'ai encaissé toutes les galères liées à la situation pandémique avec son cortège de confinements (chapitre 2 et 3), incertitudes, astreintes à domicile, gardes d'enfant, corvées et organisation du foyer. On ne le dira jamais assez mais cette période a été éprouvante pour beaucoup de mamans qui ont été "les premières de corvées".


Et puis il y a la solitude, les interrogations. Une forme de déclassement aussi, vous n'êtes plus la super cadre débordée enchaînant réunion sur réunion, commençant tôt et finissant tard. Vous n'avez plus le même salaire. Votre entourage vous soupçonne parfois de vous la couler douce et de ne rien faire. Votre mère pense que vous êtes femme au foyer maintenant, comme elle. Vos ami(e)s travaillent, eux, ils n'ont pas le temps de prendre des cafés ou de déjeuner en semaine.


Et puis rien n'avance. Vous avez l'impression d'être encore sur la ligne de départ. Sauf que ça fait des mois que vous y êtes. Votre entourage a plein d'idées pour votre "business", on vous donne des leçons sur tous les sujets, on vous explique ce que vous devez faire. Que vous n'avez rien compris. On vous met en relation avec des gens qui peuvent vous aider. Tout ça alors que vous n'avez rien demandé.


Je suis passée par à peu près toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et tous les états d'humeur possibles.


Et puis il y a eu de la lumière. Sans trop savoir comment ni pourquoi, ma candidature pour le Garage de Ticket for Change a été retenue. Je n'ai pas été sélectionné pour la suite de l'aventure mais dès l'annonce de mon refus, j'ai candidaté auprès du concurrent "Make Sense" pour me faire accompagner dans la structuration de mon projet. Il fallait rompre mon isolement, sortir de ma bulle et changer mon mode d'organisation. J'ai rencontré d'autres entrepreneurs, j'ai bénéficié de précieux conseils, j'ai appris à présenter mon projet, à me concentrer sur l'essentiel. Et surtout j'ai reçu des coups de pieds aux fesses pour aller sur le terrain et tester. Quand on monte une entreprise, un projet associatif, le plus important ce n'est pas le BP au début. C'est d'être sur le terrain et de tester à son échelle (oui même si c'est vraiment tout petit) et avec les moyens du bord, si un parfait inconnu vous suit. Si vous arrivez à le convaincre. Dans mon cas, si une maman que je ne connais pas est prête à acheter un petit pot que j'ai préparé pour son bébé. Une fois que vous avez fait cet exercice, un premier prototype, alors beaucoup de choses se débloquent. Parmi lesquels votre fameux Business Plan (mais ce n'est pas le plus important).


Aujourd'hui, mon projet avance à son rythme. Il existe et c'est déjà énorme. Il prend lentement forme. Je suis au clair sur ce que je veux faire et sur ce que je ne ferai jamais. Mes recettes actuelles sont simples mais bonnes. Elles plaisent aux parents et aux enfants qui les goûtent. J'ai encore des centaines de points opérationnels à traiter pour changer d'échelle et toucher un public plus large. Je n'ai pas encore de vraies équipes. Pour des choses comme le site Internet, les étiquettes, les petites fiches produits, c'est encore le système D, je me débrouille, je fais et j'apprends de mes erreurs.


Donc à vous les courageux parents faisant le choix d'acheter nos produits et de nous faire confiance, sachez que tout est encore loin d'être parfait. Les Petits Toupins sont encore bien petits, un nain même. Il y aura sans doute des loupés dans vos commandes, un site Internet en rade, des recettes qui ne vous plaisent pas. Un service client pas toujours joignable quand vous le voulez. Nous nous en excusons d'avance.


Sachez toutefois que nous sommes vraiment passionnés par ce que nous faisons et que notre plus grande préoccupation est de nourrir votre enfant avec la même rigueur et les mêmes exigences que le nôtre. Ni plus, ni moins.







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