Attention aux biscuits sucrés du rayon bébé !

Ils sont bien souvent plus sucrés que les friandises du rayon « gâteaux » pour grands et ne présentent aucun intérêt pour bébé. L’occasion également de lever le voile sur les « trous » réglementaires et comment de tels produits peuvent se retrouver dans nos rayons…

Vous en avez sans doute déjà vu au rayon bébé. Des biscuits. De nombreuses marques en proposent désormais.

Les paquets sont attrayants, bios pour la plupart, « Made in France, certifiés « B Corp » ou encore « eco-cert ». Avec des ingrédients que tout le monde aime : du chocolat, des noisettes, de l’huile essentielle d’orange ou de citron.

Et ils sont adaptés pour bébé! C’est écrit ! Avec des formes qu’il peut prendre directement et tout seul en main, des petits motifs ou personnages rigolos. De quoi améliorer sa motricité fine ! A consommer en bouillie avec du lait ou à croquer directement, au petit-déjeuner comme au goûter. Génial ! On se facilite la vie en tant que parents avec des produits bons, sains et bien pratiques quand même.


Florilège d’une sélection de produits trouvés dans un supermarché d’Ile-de-France (au rayon bébé)

« Des teneurs en sucre très élevées, bien trop pour bébé ou même un enfant »

Sauf que tous ces biscuits, sans exception, contiennent des teneurs en sucre très élevées. Bien trop pour un bébé, ou même un jeune enfant.

Nom Marque Teneur en sucre (pour 100g) Age
Mon premier biscuit Monoprix 31g Dès 10 mois
Petits boudoirs à l’huile essentielle d’orange Baby Bio 30g Dès 8 mois
​Mini matins – biscuits Multi céréales pépites de chocolat Blédina 21,5g Dès 15 mois
Petits biscuits à la noisette Baby Bio 21g Dès 12 mois
Les récoltes bio – Mon 1er biscuit Blédina 19,2g Dès 8 mois
Les biscuits tout ronds Good Goût 16g Dès 10 mois

Source : Ingrédients et composition nutritionnelle renseignés au dos des paquets (informations disponibles sur Open Food Watch)

« Des biscuits aussi sucrés que les biscuits de votre enfance : BN, Prince, Granola »

Le biscuit le plus sucré du lot, celui de la marque Monoprix, contient 31g de sucre pour 100g de produit (c’est d’ailleurs le premier ingrédient qui apparaît sur la liste).

C’est autant que dans un biscuit Prince, un BN ou un Ganola.

Un peu moins que dans un Spéculos ou un Oreo (compter plutôt 38g de sucre pour 100g de produit).

Mais plus que dans une galette au beurre St Michel (25g de sucre) ou un Petit Beurre de Lu. Bref, c’est un biscuit très sucré.

Pire, quand on cherche des équivalents ou produits qui ressemblent à ces biscuits au rayon sec, les biscuits pour bébé, bien souvent, contiennent plus de sucre que la version « standard ». Par exemple :

  • Les Petits Boudoirs à l’huile essentielle d’Orange sont plus sucrés que les biscuits écorces d’Orange de Dukan (30g contre 4,4g de sucre).
  • Les Mini matins biscuits multi-céréales et pépites de chocolat de la marque Blédina sont plus sucrés que les BelVita Original de Lu avec pépites de chocolat (21,5g contre 16g de sucre) ;
  • Les petits biscuits à la noisette de Baby Bio sont plus sucrés que les biscuits Pommes-Noisettes de Gerblé (21g contre 11g de sucre).

« Quid de la réglementation ? Si c’est en rayon, c’est parce que c’est bien autorisé ? »

Et alors me direz-vous ? N’y a-t-il pas plus réglementé et contrôlé que l’alimentation infantile ? Cela ne doit pas être si dramatique que ça, puisque ces produits sont pour certains labellisés « Destinés à l’alimentation du tout petit ».

Et il est écrit absolument partout sur le paquet qu’ils correspondent aux besoins nutritionnels de bébé et que ces aliments s’inscrivent dans une démarche de « bien manger ».

Et bien non.

« Selon l’OMS, le sucre est à éviter avant 3 ans »

L’OMS est catégorique en la matière : le sucre est à éviter avant 3 ans et les sucres ajoutés, y compris les concentrés de jus de fruits (ex: jus de raisin) devraient être tout bonnement interdits des aliments commerciaux pour bébé.

Le Haut Conseil de la Santé Publique en France abonde dans le même sens et précise dans son Avis Relatif à la révision des repères alimentaires pour les enfants (ici pour les curieux : Avis et rapports du HCSP) qu’il faut limiter au maximum la consommation de sucre et que « les aliments sucrés dont le marketing cible les enfants de moins de 3 ans et les produit de snacking pour bébé n’ont pas d’intérêt, car trop riches en sucre ou en graisses ». Façon polie de dire qu’ils sont à éviter.

« Surprise : au niveau règlementaire européen, aucun texte n’interdit des teneurs en sucre aussi élevées »

Au niveau réglementaire, toutefois les choses sont un peu plus compliquées (spoiler pour celles et ceux qui ne veulent pas tout lire : la réglementation n’interdit pas de sucres ajoutés dans l’alimentation de bébé !!! ).

L’alimentation infantile est couverte par le Règlement UE 609/2013 du 12 juin 2013 concernant les denrées alimentaires destinées aux nourrissons et aux enfants en bas âge, les denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales et les substituts de la ration journalière totale pour contrôle de poids.

Or s’agissant des « denrées alimentaires à base de céréales et des denrées alimentaires pour bébés » (comme nos fameux biscuits), les actes délégués venant préciser les règles de composition et d’étiquetage spécifiques n’ont jamais été publiés (faute d’accord).

Dans l’attente du règlement, c’est la Directive 2006/125/CE de la Commission du 5 décembre 2006 qui s’applique.

Ce texte n’impose que des restrictions sur la teneur maximale en glucides totaux de certaines céréales transformées et aliments pour bébés à des niveaux relativement élevés :

  • Pour les céréales, en cas d’ajout de « saccharose, fructose, glucose, […] » la quantité totale de glucides ajoutés ne doit pas dépasser 1,8g/100 kJ (7,5g/100 kcal)”, soit l’équivalent d’un peu plus de 30g/100g;
  • Pour les autres préparations ne contenant que des fruits, “la teneur globale en glucides ne peut excéder 20g/100g” ;
  • Pour les desserts et puddings, la teneur globale en glucides est fixée à 25g/100g ;

Autrement dit, dans notre échantillon, les produits sont “conformes” à la réglementation et peuvent donc être commercialisés librement. Oui.

« N’achetez pas ses biscuits et n’en donnez pas à votre jeune enfant »

Si vous êtes parents, n’achetez pas ces biscuits et n’en donnez pas à votre jeune enfant (ou enfant plus âgé) : 1) ils ne sont pas adaptés à l’alimentation d’un tout petit en raison de leur teneur en sucre, 2) ils coûtent chers (jusqu’à 40.63 € / kg pour les biscuits de Good Goût !) et 3) ils contiennent quasiment tous des additifs et une longue liste d’ingrédients faisant d’eux des aliments ultra-transformés (au Nova Score 4).

Vous pouvez faire mieux ou trouvez mieux !

Si, pour une raison quelconque, vous souhaitez faire goûter un biscuit à votre jeune enfant, privilégiez au maximum le fait-maison (en ayant la main légère sur le sucre ou mieux en le remplaçant dans vos recettes par des compotes de fruit).

Si vous préférez acheter des biscuits, tournez vous vers le bio et des produits pour lesquels vous aurez pris soin de vérifier que les niveaux de sucre ajoutés étaient raisonnables. Evitez là encore au maximum des aliments ultra-transformés.

« Aucun parent ne devrait avoir à se poser des questions sur la quantité de sucre contenu dans un aliment destiné à un tout-petit »

En tant que maman d’un jeune enfant, j’estime que ces produits n’ont rien à faire au rayon bébé et qu’ils sont nocifs. Le marketing et le packaging sont plus que trompeurs. Le nutri-score ne s’applique pas (l’alimentation infantile étant hors périmètre), donc difficile de savoir les quantités de sucre ajoutées au premier coup d’oeil, à moins d’y consacrer du temps et de l’énergie. Aucun parent, au rayon bébé d’un supermarché, ne devrait avoir à se poser des questions sur la quantité de sucre contenu dans un aliment destiné à un tout-petit.

Nous faisons face à une explosion de nombre d’enfants en surpoids ou obèses en France et plus largement en Europe. Essayons collectivement de préserver nos plus jeunes, offrons leur une meilleure alimentation, apprenons leur à manger dès le plus jeune âge autre chose que des produits trop gras, trop sucrés et trop transformés. Il en va de leur santé future.

Je m’interroge plus généralement sur la réglementation en vigueur et la tolérance des pouvoirs publics vis-à-vis de ces produits. A l’heure où au Royaume-Uni, des associations de docteurs et praticiens (y compris dentistes) appellent de vive voix à une réglementation plus stricte et exigent l’interdiction pure et simple d’aliments trop sucrés pour bébé, nous sommes in fine assez silencieux en France sur ce sujet …

Danielle Valdenaire

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